COLLAPSUS / 2020 /21

MIXED MEDIA 2020/21

Collapsologie [nom] : du latin, collapsus, «tombé d’un seul bloc»


Ma fascination pour les impressions dites Toile de Jouy est assez ancienne et récurrente...parce qu’elles distillent une sorte d’immatérialité temporelle, évocation d’un temps suspendu, une dimension presque onirique...
Une imagerie d’un folklore bourgeois, sinon aristocratique où prennent racines l’imaginaire d’un pays, et d’une époque fantasmée...

Elle me permet d’introduire ce fameux gap, ce décalage sur lequel s’articule souvent mon travail, un brouillage de repères qui génère l’altération d’une réalité, et convoque une dimension autre...
La toile de Jouy, et ses histoires enluminées enrubannées, plantent un décor idéal pour ce collapsus, néologisme qui évoque le choc, l’affaissement, dans une concordance de toutes les crises, et cette sorte d’emergence d’une conscience jusqu’alors diffuse : « la catastrophe ne devient possible que lorsqu'elle est déjà derrière nous » paradoxe bien posé par le philosophe Jean-Pierre Dupuy...

Encore une fois, mon travail ne met en scène le drame que dans une demi teinte, comme les trames que j’emploie pour radiographier le sujet, l’essentialiser, l’usage de la reproduction mécanique permettant d’établir une distance, la même que nous pouvons avoir comme spectateur de ces médias, et des images qu'ils véhiculent.

Il s’agit finalement en confrontant l’univers assez désuet de l’imprimé à la reproduction du drame, de trouver un autre positionnement, ajuster le regard au delà de l’imagerie. Suggérer une forme de recul par rapport à une perception ancrée dans une réalité devenue trop mouvante, et anxiogène...
C’est aussi ce qu’évoquent les débris, carcasses d’engin perdus, phagocytés par la jungle, peut être une forme de résilience possible, au delà...

Résilience, encore un mot, une notion devenue elle aussi récurrente, et pourtant pas usée, parce que nécessaire...

Ce que suggèrent les mots de Dupuy, c’est que la conscience du trauma n’intervient qu’après le drame, et c’est un peu comme ça qu’on peut analyser l’air du temps... la douleur du choc est présente, mais celui ci s’est déjà produit
La vie est plus forte, elle est programmée pour l’être, alors il suffirait d’être à l’écoute de cet instinct de quasiment survie... mais qui y a t’il de moins instinctif que nos sociétés qui pérennisent des modèles devenus obsolètes ou qui devraient être considérés comme tels, puisque responsables et parties prenantes de ce choc, ce collapsus...
Une forme de ressaisissement...on voit quelques parcelles de natures en agonie toxicifiée comme ces squelettes de coraux morts et livides, reprendre vie et couleur quand on cesse de leur distiller le poison de nos activités mortifères...
Le fatalisme n’est plus de mise, on a identifié l’ADN du trauma, et il s’agirait de revenir a ce stade antérieur où l’environnement n’était pas encore l’objet d’une domestication « contre nature »....retrouver le schéma de cette symbiose, comme celle des coraux, structure squelette qui ne vivent que par les organismes qui les colonisent, concevoir une activité qui ne consiste plus en son exploitation à court terme, et un pillage forcené de ses entrailles...

Cette vision n’est plus une utopie, elle est notre seul sauf conduit vers un futur...
Il faut reprogrammer, tellement de paramètres...
Mais je pense que ce reset nécessaire peut être passionnant puisqu’il nous induit à penser en termes différents, en supposant possible de sortir de cet état de tétanisation, souvent corrélé à différentes pulsions d’obscurantisme...

FLORENCE AUSSENARD

COMME UN AVION SANS AILES

COMME UN AVION SANS AILES

 

De cette passionnante histoire que nous vivons, le plus marquant est certainement la génération de témoignages photographiques de tous ordres, ou archives mises en ligne, une profusion iconographique démultipliée par les réseaux...

 On peut aussi y retrouver tout les drames d’une actualité vampire qui se nourrit de ces instants, crises, guerre, accident, comme un miroir grossissant des drames, du drame humain...

Peut être est ce une forme de projection métaphorique de cette actualité qui a cloué les avions au sol pendant cette pandémie, nos prouesses technologiques a l’image de ce jouet, cassé, en pleine jungle, ou la nature, notre environnement se rappelle à nous en puissance...

LONESOME MINNIES - collage 2020
LONESOME MINNIES - collage 2020

TOXIC AFFAIR / 2021

TOXIC AFFAIR

 

De tous temps, l’homme a du inventer des protections contre les “rigueurs naturelles”....

 

Accompagnant le progrès scientifique, s’élaborent différentes stratégies et costumes pour pénétrer des zones hostiles, ou plutôt celles dans lesquelles sa condition naturelle rend impossible la survivance, eau, feu, espace... 

Du moment ou de la protection on est passé au stade de la domestication de ces forces, s’installe un jeu plus dangereux, avec le nucléaire, la chimie, les toxiques, et bientôt les virus, dernier fait le plus marquant de cet anthropocène, qui nous amène tardivement à prendre la dimension de la notion d’équilibre naturel, et des conséquences, relations en chaîne, des perturbations que l’Homme y a perpétré... De quantifiable, observable et gérable, le danger est devenu invisible, insidieux, imprévisible....

 

Ces dessins sont inspirés de masques utilisés autrefois à différents usages, de protection, toujours, contre les toxiques, ou liquides, etc... Elle est encore une fois un écho de cette menace insidieuse, cette dangerosité qui semble nous cerner, et non incidemment fragiliser les pieds d’argile de ce colosse, rôle et carrure que l’homme a aimé endosser...

Comme une fatalité a devoir nous protéger des spasmes de cette planète meurtrie.

 

La graphie rappelée celle des Warnings, ou pictogrammes de danger, comme cet état d’urgence qui s’est institué insidieusement dans nos systèmes...